Slow Food
   

Agriculture et Immigration


28 Oct 12

 


“Réorganiser le travail des immigrants dans l’agriculture est l’un des problèmes les plus importants pour le système agricole italien.” C’est sur ces mots que Gaetano Pascale, le président de Slow Food Campania, a ouvert la conférence “Agriculture et Immigration” au Salone del Gusto / Terra Madre 2012.


 Le sujet principal de cette rencontre était l’exploitation des travailleurs venus d’autres pays que ceux de l’Union Européenne. Yvan Sagnet, le jeune camerounais maintenant basé à Turin, s’est fait leur porte parole. Après avoir été l’un des acteurs clés du mouvement de contestation des immigrés africains à Nardò en septembre 2011 - mouvement contre l’embauche illégale de travailleurs agricoles à des salaires très bas – il est devenu un représentant de la Fédération Italienne des Travailleurs de l’Agroindustrie (FLAI CGIL). Yvan a décrit la situation actuelle, notamment la réalité d’une violence permanente et de l’exploitation. Même des éléments essentiels comme les médicaments leur sont vendus à des prix arbitraires et en dehors de tout standard médical ou légal.


 En Italie, l’embauche illégale d’ouvriers agricoles porte un nom : caporalato et est gérée par les caporali qui servent d’intermédiaires entre les employeurs et les travailleurs arrivant dans l’UE. Exploitant l’isolement des fermes et les difficultés linguistiques, légales et culturelles de ces personnes, les caporali étouffent toute tentative des ouvriers pour se libérer de leur contrôle et obtenir de meilleures conditions de travail.


 Pour le moment, ces travailleurs immigrés peuvent chercher de l’aide auprès d’organisations caritatives telles que Emergency ou Equosud, pour les urgences les plus pressantes, mais il est clair pour les bénévoles de ces structures que cela n’est qu’une solution provisoire. Une réponse plus pérenne à ce problème pourrait venir de deux directions. La première est institutionnelle, avec la création de lois ciblées sur l’immigration, non pas strictement liées au travail comme les lois actuelles, mais plutôt à des standards démocratiques et à la protection de l’individu. La seconde est economique : nous ne pouvons pas faire abstraction du fait que l’exploitation apparaît comme une réponse à des conditions de plus en plus difficiles pour ceux qui cultivent la terre. Ce qui pose la question de prendre en compte la dimension éthique de la production lorsque l’on fixe le prix d’un produit, comme le suggèrait l’association Libera Terra lors de la conférence.